L’art de Tallafe s’exprime par la couleur. Véritable aura de l’œuvre, la couleur porte en elle l’émotion, donne une place et une fonction à la forme. La couleur détermine le dessin autant qu’elle l’anime.

Que ce soit par la peinture, le collage, la sculpture, le tricotage, Tallafe commence une œuvre en répartissant avant tout les couleurs. Le bleu pour l’amour et l’apaisement, le rouge pour la libération, le turquoise pour la joie et le bonheur. Le geste est important : une peinture appliquée en tamponnant est une alerte lancée, une peinture qui coule est une dénonciation de l’intérêt personnel, de la corruption, un fil noué est le reflet d’une imbrication inextricable des choses. En dernier, il dessine, donnant vie à des silhouettes stylisées. Le fond coloré leur donne une sensibilité et les met en relation. Chaque figure est ainsi unique, par la forme que l’artiste lui aura concédée selon les couleurs environnantes et la position qu’elle prend sur le fond.

Des personnages anonymes émergent ainsi dans l’œuvre de Tallafe. À mi-chemin entre l’abstraction et la figuration, ces silhouettes racontent leur histoire, toujours différente de leur voisine, par un portrait coloré.

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L’art de Tallafe agit comme un miroir, figurant le monde par des lignes abstraites. Son inspiration est peuplée de personnages qui nous interpellent. Ils se présentent à nous dans leur diversité pour nous questionner sur nos réalités.

Ses premiers personnages sont issus d’une mémoire profonde, ancrée dans la culture tchadienne : les Sao. Êtres légendaires aux silhouettes élancées, les Sao sont enseignés à l’école et construisent très tôt l’univers des enfants tchadiens.

Au cours de ses études d’art, Tallafe fait évoluer ses silhouettes vers une présence qui dénonce l’injustice, particulièrement l’enfance exploitée et la criminalité liée à leurs conditions, renvoyant le spectateur à sa propre conscience. Pour l’artiste, il s’agit : « Des enfants opprimés, enfants soldats, enfants ouvriers, enfants exploités par leurs parents ou enfants mendiants » et de rajouter : « Je me sens toujours parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps prés de leur corps ».

De retour au Tchad, Tallafe commence à dénoncer dans ses œuvres la corruption dont il a pris conscience au cours de son séjour en Europe. Touchant toutes les couches de la société et considérée par beaucoup comme une fierté, l’artiste veut montrer les ravages d’un tel mécanisme et mettre le peuple face à cette réalité. Mais ce sujet reste sensible et l’artiste se confronte très vite à différentes formes de censure. Dans l’impossibilité de vivre de son art, il s’installe en France en gardant comme principal objectif de réaliser, un jour, une exposition sur ce sujet.

Profondément humaniste, Tallafe aborde dans ses œuvres des questions difficiles et développe ainsi un art qui veut éveiller les consciences. L’utilisation de couleurs vives, la simplicité du trait et la présence de silhouettes anonymes sont autant d’éléments qui interpellent le regardeur et le renvoient à sa propre conscience.